Pierre Toby

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vidéos: « Films », projection 15 août 2016, 4:30 / projet teksas, Graested, Danemark (infos dans: JOURNAL# : n°15, NOUVELLES: texte et VISUELS RÉCENTS)

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vidéos: « Films », projection dans une salle de cinéma, le Nova, Bruxelles, 2016

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vidéos et texte : « SAVE », projection « Films » à Bruxelles, septembre 2017

 


Pierre au Danemark.                          version française/ English please scroll down

Réflexions sur la nature des films de Pierre Toby projetés sur une palissade à l’extérieur.

Dans cette exposition, en dehors d’un grand verre et d’une vidéo qui se situent à l’intérieur d’une salle, c’est la projection des films à l’extérieur, sur une palissade de 2,40 mètres sur 6,10 mètres qui fera l’objet d’une étude de notre part.

Il faut en premier lieu confesser au lecteur que si j’ai vu les films à Bruxelles, je n’ai, en revanche, pas vu la projection au Danemark. C’est Pierre qui me l’a raconté et décrite par après. Je vais donc parler d’elle sans être un témoin oculaire. Ma vision, aidée par les descriptions, les photographies, mon imagination, les fréquentes discussions intenses et amicales avec l’artiste et mon vif intérêt pour son travail, pourra peut-être trouver des raisons valables qui puissent m’autoriser à en parler.

Tout d’abord, dans ce projet, que la couleur se mêle aux films en couleur, en noir et blanc et en négatif ne doit pas nous étonner. Il est passionné par le cinéma burlesque ou d’auteur. Dans un film, l’image voyage grâce à la lumière. Et si, l’écran est bien un réceptacle il est aussi un obstacle. L’artiste met en évidence cet aspect lorsqu’il décide que l’image débordera largement l’écran par en bas et par en haut. Une partie du film se perd ainsi dans la nature. L’art se confond avec le paysage. La nature devient un ultime écran en trois dimensions. La nature-écran devient aussi l’obstacle sur lequel vient se déverser l’image. Sa lumière rase les herbes hautes et, par le haut, s’étire dans l’espace. On voit bien ici que la perception de l’art et la perception de la nature se juxtaposent. L’art filmique échappe, en partie, à son lieu naturel : l’écran. Le film, dans son essence lumineuse, quitte partiellement son corps, c’est-à-dire, la palissade. La nature absorbe l’art, l’image et la lumière à la fois. Tout cela est voulu par l’artiste. Cette expérience, inédite pour lui, souligne une recherche approfondie qui touche le déroulement intime du temps et de l’espace.

Afin de creuser la réflexion de cet usage filmique insolite, je voudrais rappeler, ici, que Maurice Merleau-Ponty, dans son livre L’Oeil et l’Esprit, décrit, à la page 71, un phénomène lumineux, similaire en quelques sortes, naturel cette fois-ci, également insolite et troublant, à savoir, les reflets de l’eau d’une piscine sur des cyprès : « Elle l’habite, elle s’y matérialise, elle n’y est pas contenue, et si je lève les yeux vers l’écran des cyprès où joue le réseau des reflets, je ne puis contester que l’eau le visite aussi, ou du moins y envoie son essence active et vivante. »

Cette fois-ci la chose est claire: les cyprès forment un écran. La description de Merleau-Ponty relève, strictement, d’une prose phénoménologique, qui sous-entend un phénomène artistique.

Aussi que le livre « Deaden » édité en 2011 qui comprend l’intégralité des 38 couleurs travaillées par Pierre Toby, sur une période de dix ans, de 1997 à 2007, serve de base pour les trois films que l’artiste nous présente sur une palissade, s’explique parfaitement par un système de double migration, donc de double déplacement.

A cela s’ajoute, pour le premier film en couleur sur les 38 couleurs, la répétition du film qui en fait un diptyque. De plus, au début du film on commence par la fin, c’est-à-dire la couleur 38. Après on recommence, cette fois, avec les couleurs dans l’ordre et la couleur 1 est à cheval entre les deux films. La structure aussi se déplace et bouge en pivotant sur la couleur 1. A la fin de la répétition apparaît le tableau du Tintoret, Le meurtre d’Abel par Caïn, de 1550, de L’académie de Venise. Cette apparition met en évidence l’importance qu’accorde Pierre Toby à la peinture dite ancienne. Son caractère narratif constitue pour lui une valeur essentielle de la peinture. Ce rapport à rebours de la peinture lui offre un lieu symbolique et réel, où il peut penser, à nouveaux frais, son rapport à la peinture et sa propre pratique picturale. Cette brèche temporelle absorbe dans le film les images précédentes et les images suivantes des couleurs. Cette image d’un tableau du Tintoret, offre à Pierre Toby beaucoup plus que l’occasion de lui rendre un simple hommage. Le sujet du tableau est toujours vivant et agissant. Et Réné Girard aurait beaucoup à dire sur l’aspect fondateur de la rivalité, du désir mimétique et du sacrifice dans les comportements humains et les diverses civilisations et sur ses rapports à l’art, comme par exemple sa remarquable analyse des pièces de Shakespeare.

A cette série en couleur suit le même film en noir et blanc mais sans la peinture du Tintoret à la fin. Et enfin, en dernier lieu le même film en négatif où à la fin apparaît à nouveau le tableau du Tintoret. Remarquable fin qui augure une vision d’un monde cosmique et cyclique, chez Pierre Toby, où l’on croise aussi le destin de la peinture et celui du cinéma, où l’homme se débat comme il peut dans une étrange lumière.

Victor Hugo Riego.

Pierre in Denmark.

Musings on the nature of Pierre Toby’s films projected on an outside palisade.

In this show, aside from a large glass and video inside a room, we shall study the projection of films on a 2.40 X 6.10m palisade situated outside.

In a first while, I must confess that although I saw the films in Brussels, I did not attend the screening in Denmark. Pierre described it to me after it took place. I’ll thus speak about it without being an eyewitness. I shall perhaps be capable of finding valid reasons to allow me to speak about the work, aided with the descriptions, photographs, my imagination and the frequent passionate and friendly discussions with the artist and my interest for his work.

First of all, we should not be surprised that in this project, colour films meet black and white or negative images. Indeed, the artist is fascinated by art house and burlesque cinema. In a film, image travels through light. And although the screen is a receptacle, it is also an obstacle. The artist emphasizes this aspect when he decides that large sections of the image will brim over the top and bottom of the screen. In this way, some of the film gets lost in nature. Image and landscape merge together and nature becomes the ultimate 3-dimensional screen. The nature-screen consequently becomes an obstacle on which the image pours. The light grazes tall grasses and stretches into the space above. Here, it becomes patently obvious that the perception of art and nature juxtapose. Film art escapes – in part – its natural habitat: the screen. In its essence of light, the film partly leaves its body, i.e. the palisade. Nature concurrently absorbs art, image and light. All this was intended by the artist. This novel experience – even for him – stresses an in-depth research relating to the intimate passing of time and space.

To deepen this reflection of a novel film use, I would like to recall that, in his book L’Oeil et l’Esprit, Maurice Merleau-Ponty describes (on page 71) a light phenomenon proving both unfamiliar and unsettling although it is natural, i.e. the reflections of the water of a swimming pool on the cypress: « It inhabits it, materialises inside, it is not contained, and if I lift my eyes to the screen of cypresses where the networks of reflections play, I cannot deny that water visits it too, or at least reflects it active, living essence into it ».

This time it is clear: cypresses form a screen. Strictly speaking, Merleau-Ponty’s description is a phenomenological prose suggesting an artistic phenomenon.

“Deaden », a book published in 2011, contains all 38 colours with which Pierre Toby worked over a 10-years period ranging from 1997 to 2007. It serves as the foundation for the three films that the artist projects on a palisade and finds its explanations in a double-migration, double-displacement system.

In addition to the first film on the 38 colours, the repetition of the film makes it into a diptych.  Moreover, the beginning of the film starts with the end, i.e. with colour 38. Then we start over with – this time – colours in their rightful order. Colour number 1 overlaps both films. The structure also moves and changes place, pivoting on colour 1. At the end of the repetition, the 1550 painting by Tintoretto « The murder of Abel » housed in Venice’s Gallerie dell’Accademia appears. This apparition stresses the importance that Pierre Toby grants to so-called ancient painting. For him, the narrative aspect of paintings by great masters conveys a key value of painting. This countdown of painting offers him a symbolic yet real arena where he can think his relation to painting and his own pictorial practice. In the film, this crack in time absorbs the previous and following images of the colours. This image of a Tintoretto painting gives Pierre Toby more than the mere occasion of paying tribute. The subject of the painting is still living and powerful. And René Girard would have much to say on the founding effect of rivalry, mimetic desire and sacrifice in the human behaviours and various civilisations and relations to art, such as for example his remarkable analysis of Shakespeare plays.

The same film in black and white follows this suite of colours, albeit devoid of the painting by Tintoretto in the end. Finally and lastly, the same painting appears once again at the end of the same film in negative. The remarkable end augurs a vision of a cosmic and cyclical world. In the world of Pierre Toby, we cross the destiny of painting and cinema, and man struggles as much as he can, bathed in a strange light.

Victor Hugo Riego.


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Émily Harvey Foundation, New York, exposition de poche, commissaire Gregogy Lang, 06 03 2016

Photos: Nicholas Knight

 


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Fondation Prada Milan, exposition Recto Verso, jusqu’au 14 février 2016

Rose de Rowney/ Düsseldorf et Verre clair/ Noir, 144 x 70 cm (x2) et 45,5 cm (x3), 125 x 90 cm, l’huile et peinture à tableau sur verre, 2008/2010


édition2En librairie : Peinture Fraîche, Tropismes, ÉTÉ 78 à Bruxelles / PAX à Liège / COPYRIGHT à Gent et Antwerpen / Walther König Kunsthalle à Düsseldorf / Yvon Lambert à Paris

 


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